Kisonsomori : à l’Université de Goma, la langue kinyanga célébrée comme un patrimoine vivant
La salle de conférence du Campus du Lac de l’Université de Goma a accueilli, en date du lundi 23 mars, une activité scientifique et culturelle consacrée à la valorisation des langues locales.
Chercheurs, enseignants, étudiants finalistes en sciences des lettres, venus de plusieurs écoles secondaires de la ville de Goma, ainsi que des membres de la communauté Nyanga, Nande, Lega etc. ont pris part à cette rencontre, marquée par une série d’interventions portant sur la place de la langue dans l’éducation et dans la société congolaise.
Parmi les moments forts de cette activité, l’intervention du professeur Ndovya Mundala a particulièrement retenu l’attention. Dans son exposé consacré à la langue dans le système éducatif congolais, il a plaidé en faveur d’une approche pédagogique inclusive, prenant en compte les langues maîtrisées par les apprenants. Selon lui, l’usage de la langue doit s’adapter aux contextes et aux réalités socioculturelles.
« La langue est un élément essentiel de la culture d’un peuple. Interdire à un enfant de communiquer dans sa langue maternelle, sous prétexte de favoriser le français, revient à le priver d’une partie de son identité », a-t-il expliqué, tout en soulignant les défis que pose le multilinguisme dans le système éducatif national.
L’activité a également été marquée par le vernissage et le baptême de Kisonsomori, un dictionnaire kinyanga–français et français–kinyanga, présenté comme une contribution majeure à la préservation et à la promotion de cette langue.
La cérémonie symbolique de baptême a été présidée par le professeur Ordinaire Nzabandora Ndimubanzi, Secrétaire Général à la recherche de l’Université de Goma. Dans une allocution empreinte de solennité, il a formulé le vœu de voir cet ouvrage entreprendre « un long voyage à travers toutes les bibliothèques du monde, qu’elles soient physiques ou virtuelles », le plaçant sous le signe de la science, de la connaissance et de l’intelligence.
Prenant également la parole, le professeur Munshunganya Sambukere, enseignant à l’Université de Goma et rédacteur du dictionnaire, a souligné la portée symbolique et culturelle de l’ouvrage : « Nous ne célébrons pas seulement la parution d’un livre, mais la renaissance d’une langue, la préservation d’une identité et la reconnaissance d’un peuple. Si nous ne fixons pas nos mots aujourd’hui, ils risquent de disparaître », a-t-il déclaré, insistant sur l’urgence de documenter les langues locales face aux mutations contemporaines.
Par ailleurs, cette cérémonie a également été marquée par un moment de célébration académique, à l’occasion de la présentation officielle de la coupe remportée par les étudiants de l’Université de Goma lors du concours d’éloquence interuniversitaire organisé par le Club RFI Goma. Lauréats de la première place lors de la compétition tenue le vendredi précédent, les étudiants ont remis la coupe ainsi que les prix obtenus au Secrétaire général à la recherche, en signe de reconnaissance institutionnelle.
Cette séquence a constitué une opportunité de saluer l’engagement des organisateurs du concours et de promouvoir la culture de l’excellence et de l’expression orale au sein de la jeunesse universitaire, en cohérence avec l’esprit de la Journée internationale de la Francophonie dans le cadre de laquelle s’inscrivait l’activité.
Au-delà de sa dimension scientifique, l’événement s’est également voulu festif et identitaire. La cérémonie s’est clôturée dans une ambiance conviviale, rythmée par des chants et danses traditionnels de la communauté Nyanga, traduisant la fierté et l’attachement à un héritage culturel longtemps marginalisé.
À travers cette initiative, l’Université de Goma réaffirme son engagement en faveur de la recherche scientifique, tout en œuvrant à la valorisation des savoirs endogènes, dans un contexte où la question linguistique demeure au cœur des enjeux éducatifs et culturels en République démocratique du Congo.

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